Tunisie, le « Laaguiligate ». Par Taoufik Ben Brik


Par Taoufik Ben Brik, journaliste et écrivain. Tous les scoops en Tunisie, fleurissent dans nos jardins. Un matin, chez les Brahmi, un autre chez les Aguilis. Le facteur ne sonne que chez les ébruiteurs, El Barah. Taieb Laaguili (1), cinquante ans, ami de tout le monde, père adolescent, de deux enfants adultes, toujours à l’affut d’une info, qu’il aime partager avec les autres.
La cigogne ne l’a pas oublié. Elle est passée dessus ses toits et lui a largué un paquet bien ficelé, contenant un faisceau de preuves accablant des gradés de la Dakhilia, le ministère de l’intérieur, et de grosses pontes d’Ennahdha. De quoi égayer la cour, mille et une nuits.
Taieb Laaguili Mercredi  2 octobre 2013, au palace l’Africa, les costumes noirs surveillent, dedans et dehors. Alerte rouge.
Dedans, à la conférence, un parterre d’hommes et de femmes micro-caméra-stylos font du tintamarre. Taieb  est dans son élément. Il aime ça, la lumière.
Il brille. Il tient le bon filon. Il confond, avec brio, sans zèle, preuves à l’appui, les fomentateurs du coup fourré.
L’ébruiteur, le souffleur, a vendu la mèche. «  la mèche est courte, conard. », criait James Cobrun, dans « Il était une fois la révolution ». Boum. Le Chokrigate est en place, mis en orbite que dit l’accusé ? La Dakhilia crie au faux, la Nahdha au sacrilège. Procès contre Laaguili. Quatre policiers épinglés.
Dans le mille. L’opération Laaguili a réussie. On se doutait que Chokri Belaid était menacé. Moncéf Marzouki, Najib Chebbi, Chawki Tabib l’avaient attesté. Maintenant, on le sait. Les documents de  Laaguili ,l’assermentent :le 23 janvier 2013 la polo assassine rodait dans les parages .c’est la même polo ,qui le 6 février ,jour de l assassinât de chokri crissait des pneus ,vroom,  La Dakhilia dés lors ne peut nier avoir assez d’infos pour déjouer la menace qui pèse sous Belaid.
Démentir donc , ne sert à rien. Au-delà ? Nous voila, lancés , sans y être préparés, dans l ère de l information.  On est loin de la société du spectacle désespérante par l’atmosphère confinée de farce et d’aporie qu’elle instaure. La société de l’information est stimulante : l’opposition y est devenue possible, le jeu est ouvert  face au régime autoritaire. Elle est vécue. Comme une libération.
Désormais, partout dans le monde, un individu possédant des informations fiables et embarrassantes peut déstabiliser une organisation ou un Etat. Taieb Laaguili, lanceur d’alerte, de ces têtes brulée, frappe un coup et s’enfuie dans la nuit.
Serait-il notre Edward Snowden, cet américain qui a transmis des documents top secret des deux programmes de surveillance massive Prism et Xkeyscore, ou à la rigueur, Bradley Manning qui a fourni les câbles diplomatiques et rapports militaires classés secret défense à Wikileaks. J’aime plutôt  le comparer à Mark Filt, agent du FBI, qui a divulgué au Washington Post l’affaire du Watergate. Taieb Laaguili reste, par les temps qui courent, le temps de l inquisition et la terreurs , la dernière ligne de défense des Tunisiens face à la puissance secrète et opaque  du système Nahdhaoui. 
  • (1) Taieb Laguili, membre du comité pour la recherche de la vérité sur la mort de Chokri Belaïd, est l’auteur des révélations impliquant certains hauts responsables tunisiens dans l’assassinat de Mohamed Brahmi
T.B.B.
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A propos soufiene bouzid

لا يهمّ السبب الذي نبكي من أجله ، فقد كانت قلوبنا تمتلئ بالأحزان لدرجة أنّ أيّ شيء يكفي ليكون سبباً ... عبد الرحمن منيف/ شرق المتوسط
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